5 questions pour décrypter les Civic Tech

5 questions pour décrypter les Civic Tech

La Civic Tech se définit comme l’ensemble des technologies qui ont pour objectif de renforcer le lien démocratique entre les citoyens et le gouvernement et d’accroître le pouvoir de la société civile sur la vie politique et l’action publique. Elles permettent de rendre le gouvernement plus accessible, efficient et efficace.

Pour en parler, voici une interview de Maxime Barbier, VP Secteur Public de bluenove

 

Question 1 : Les Civic Tech : pour qui ?

Aujourd’hui, la Civic tech ne rencontre encore que des pionniers dans les organisations publiques. Principalement parce qu’elle remet en cause des approches traditionnelles de conception des politiques publiques. La mobilisation citoyenne n’est pas aujourd’hui un réflexe pour les décideurs politiques et acteurs publics.

L’objectif n’est pas d’intégrer l’ensemble des citoyens, mais de faciliter l’engagement de ceux qui veulent s’investir pour apporter leur contribution à la conception et mise en œuvre des politiques publiques. Il s’agit d’activer des communautés éphémères, en fonction des sujets, et de les mobiliser dans des démarches d’intelligence et d’action collective.

 

Question 2 : Outiller et donner du pouvoir à la société civile, impliquer les citoyens dans la vie politique et publique : une utopie ?

Ce n’est pas une utopie, c’est déjà une réalité, même si cela concerne peu d’acteurs. Nous sommes dans la phase des early adopter ! Pour moi, l’avenir de la Civic Tech repose autant sur la capacité à outiller les citoyens (et aussi les acteurs économiques) pour participer autrement à la décision et à l’action publique, que sur la capacité à outiller et faire monter en compétences les ministères, collectivités et opérateurs pour changer radicalement les façons traditionnelles de concevoir, délivrer et évaluer les politiques publiques.

Les acteurs publics et les partis politiques sont pour moi cruciaux dans la rénovation des pratiques démocratiques. La pression ne peut pas venir que de l’extérieur. (voir article sur le « changement de logiciel » pour les partis et mouvements politiques)

Ce qui doit évoluer rapidement, c’est l’accès à la commande publique. Les acteurs de la Civic Tech ne décolleront jamais s’ils doivent se contenter de marchés publics cachés en dessous des seuils de mise en concurrence élargie (-25K€). Des facilités de marché doivent être mises en place. Je salue volontiers l’initiative d’Etalab, avec l’OGP Toolbox et surtout la labellisation de quelques plateformes, dont Assembl, pour outiller les processus de consultation des ministères et des collectivités.

 

Question 3 : OpenData & OpenGov : quel lien ?

Un gouvernement ouvert c’est un gouvernement qui accepte de déléguer une partie de la conception, de la décision et de la délivrance de l’action publique. Ca va bien au-delà d’un effort de transparence dans l’action publique, ou que l’ouverture des données. C’est créer de l’empowerment de la société civile (citoyens, startup, …). L’Etat pourrait d’ailleurs se positionner pour faciliter l’incubation de nouvelles initiatives citoyennes, qu’elles soient de portée technologique ou non. C’est pour moi une nouvelle politique publique à structurer au niveau national et local. L’un des sujets à prendre à bras le corps par le futur Président de la République !

 

Question 4 : quelle est la principale limite des Civic Tech ?

Aujourd’hui, il est encore difficile d’aller au-delà des approches de consultation quand elles existent. On arrive à proposer des dispositifs d’aide à la décision (budget participatifs, priorisation collective de projets), mais on ne dispose pas d’outils et de méthodologies suffisamment robustes pour faciliter le passage à l’action. L’une des résistances est la capacité des collectivités et ministères à expérimenter des idées et projets recommandés par les citoyens.

 

Question 5 : Les Civic Tech survivront-elles aux élections présidentielles de 2017 ?

Bien sûr ! On peut imaginer un éventuel rapprochement de certaines solutions complémentaires. Ira-t-on vers une convergence des acteurs ? En tout cas, je pense que des coopérations sont à monter entre les différentes initiatives pour adresser globalement des problématiques. C’est ce qui vient d’être fait entre Make.org et Assembl pour outiller la démarche Inventons 2017 de co-construction du « Manifeste des jeunes pour la Présidentielle » avec Science Po. La démarche a permis de faire émerger 5 projets de réformes concrets à proposer aux candidats à la Présidentielle dans le cadre d’une émission télé. (pour en savoir plus : article des Echos, du Monde et du Figaro)

Je pense aussi que de nouvelles technologies civiques sont à inventer post élection, notamment dans le suivi de programmes, dans la co-définition de nouveaux dispositifs publics, dans la mobilisation collective dans la mise en œuvre d’actions locales, dans la co-évaluation des politiques publiques, etc…

 

Note : Interview réalisée à partir d’une interview initiale sur le site civictechno.fr

Pour nous contacter : maxime.barbier@bluenove.com

 

 

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