Ce que l’on appelle les « concours d’innovation » comportent plusieurs espèces : certains sont des réussites communication, d’autres des réussites en termes de nouveaux projets, d’autres des réussites en termes de mobilisation, d’autres encore sont tout simplement des réussites en termes de transformation qui cumulent tous les succès… Pour atteindre le Graal, quelques consignes sont de rigueur : on préfère vous prévenir !

 

1) Considérez les participants comme vos clients et faites leur confiance

« Oui, Jean-Mi et Christine de la compta, et Philippe de Marseille, vous surprendront. »

Vos participants sont rois, et vous devez leur concevoir un «  parcours du combattant ». Le challenge doit être conçu pour eux, voire PAR eux. Une fois le challenge lancé, s’ils vous font part d’une difficulté, vous adaptez le parcours. Optez pour un appel très ouvert de sorte que la surprise positive attire les pépites, et attendez-vous à un public exigeant, et précautionneux de l’utilisation qui sera faite de son énergie. Le parcours doit être plaisant, objectivement et émotionnellement créateur de valeur, et donner envie de donner de soi. Le parcours doit avoir des partis pris, une posture, et tant que possible être incarné ! On doit savoir qui est responsable, qui va lire les candidatures, qui va questionner et aider les participants, qui va décider. Et bien sûr, on devra aussi savoir qui a participé, même si tout le monde n’aura pas « gagné » cette fois-ci.

 

2) Assurez-vous que les participants s’impliquent pour les bonnes raisons

« Oh génial, un voyage aux Bahamas ! »

Reconnaissance ou récompense ? Les deux bien sûr. Mais en quelle proportion ? D’une part, le temps où les participants acceptaient de tenter leur chance, en produisant de la valeur « gratuitement » pour 99% d’entre eux, et pour éventuellement être l’heureux élu pour un voyage exotique est révolu. Et d’autre part, en misant sur ce type de récompense, VOUS serez toujours perdant, car votre challenge sera alors tout sauf un challenge d’innovation ! La clé est la reconnaissance. Apportez du coaching aux équipes, diffusez un Wall of Fame des participants, filmez et communiquez sur tous les motivés, encouragez la curiosité et la persévérance en faisant de vos participants vos ambassadeurs.  La récompense doit exister, et servira le même dessein : learning expeditions entre participants et dirigeants, accès à des évènements exceptionnels, droit de se prononcer en tant que conseiller dans le processus d’innovation existant ou les projets, temps imparti en tant qu’intrapreneur pour travailler son propre projet, formations d’exception sur le plan personnel ou professionnel… Les récompenses autour de la connaissance et du dépassement de soi et du monde sont une clé de réussite de votre challenge car les participants y gagneront sur tous les plans, et l’organisation aussi.

 

3) Traitez toutes les idées proposées d’égal à égal… avant d’accorder du poids aux membres d’équipes

« Pour trouver des pépites, il faut gratter la terre avec ses mains… et avec ses yeux ! »

Boîtes à idées, appels à projets… Vous demandez à des gens de formaliser quelque chose pour pouvoir le lire, l’analyser, le diffuser, prendre des décisions associées, l’archiver, le réutiliser, et ainsi de suite. Une clé sine qua non : l’anonymat dans un premier temps, la reconnaissance, voire la gloire dans un second temps. Décidez d’abord sur le fond, ensuite sur les gens. Et décider sur les gens, c’est indépendant de l’ « ami-ami ». C’est une question de valeurs. Si vous partagez les valeurs fondamentales sur le monde et la façon dont il tourne, au-delà des critères classiques (toujours utiles pour décider), alors vous avancerez ensemble en étant surpris, d’un côté comme de l’autre, de la valeur créée.

 

4) Donnez les moyens aux plus motivés de cultiver leur excellence AVANT le grand jury

« Mieux vaut se muscler un peu avant de soulever les 100 kilos… »

Un challenge d’innovation réussi, c’est un challenge qui va vous surprendre. Il va vous surprendre car il va faire émerger des porteurs de projets et de vision insoupçonnés et créateurs de valeur pour toutes les parties prenantes. Ce Graal est incarné par ces personnes et équipes les plus motivées, en général de tous horizons si vous avez bien préparé le terrain. La motivation, l’envie de faire bouger le monde, c’est ce qui les nourrit et les fait avancer. De leur point de vue, les bâtons dans les roues, voire les murs, c’est la réalité du quotidien de l’organisation. Le rôle de celui qui est porteur ou sponsor du challenge est de faire que les bâtons dans les roues soient le moins fréquents et le plus petits possible, que des portes soient installées dans les murs. Dans les murs porteurs, c’est complexe bien sûr, mais dans les autres, aucune excuse ! Et pour ouvrir les portes successives, il faut le bon trousseau de clés ! En somme, vos champions ont une dose d’énergie exceptionnelle, mais finie. Votre rôle est d’assurer que cette dose d’énergie sera canalisée pour alimenter les dynamiques les plus créatrices de valeur pour eux comme pour l’organisation ! C’est le principe du Lean Startup, et tout simplement du bon sens.

Concrètement, cela veut dire qu’il vous incombe de faire que :

  • lors de l’appel à innovations, votre attente et vos moyens d’inspirer les futurs candidats soient le plus clairs, accessibles et inspirants possible. Testez vos mots auprès de vos enfants, ils doivent avoir envie de vous proposer quelque chose.
  • pour préparer la ou les étapes de sélection, les participants doivent être coachés sur l’approfondissement de leur idée/projet, les attentes du jury, la prise de parole en public, la posture entrepreneuriale. Un coach interne aidera, un coach externe est indispensable : l’externe ne « rapportera pas » aux responsables, il est l’allié de l’ombre des participants.
  • pour assurer le meilleur succès, les participants doivent être « parrainés » par les responsables, qui les orientent vers les bonnes portes pour avancer dans leur projet. Cela reste le meilleur moyen d’anticiper l’inconnu que représente leur prise de risque ! Ils se sont jetés à l’eau, ils se trouvent responsabilisés autour de leur projet, à vous de faire qu’ils aient toutes les clés pour emprunter les chemins de traverse internes.

Alors, vous serez surpris de la qualité des équipes, des projets, des partenariats que le challenge vous aura permis d’initier ou d’accélérer.

 

5) Gérez le challenge comme la naissance de quelque chose qui doit VIVRE post-challenge

« Un bon challenge, c’est comme un bébé : 3 mois de planif, 9 mois de travail dans le dur puis 3 mois de survie. Et mieux vaut être au moins 2 dans l’histoire… »

« Vous savez, on a pleins d’idées, on n’est pas loin de la vérité. » Tel est le mantra de l’organisation qui veut innover, et pense qu’elle est sur le point d’innover. Sur ce second point, elle a tout faux ! Oui, avoir des idées, c’est vital. Mais une fois que l’on a de nombreuses idées, on peut dire que c’est de la partie émergée de l’iceberg que l’on se congratule ! Avoir des idées « gérables », c’est encore autre chose. Et avoir des idées partagées, qui tirent toute votre organisation vers le haut, c’est la Lune. Il faut pour cela qu’elles soient compréhensibles, un minimum explicitées, que chacun puisse y avoir accès. Il faut aussi que chacun ait intérêt à les expliciter, à les partager, à aller les découvrir, à s’en saisir, à les tester, à les améliorer, à les porter, à les développer, à les défendre, à les réaliser. Et même une fois que vous avez relevé tous ces défis, il faut que vos champions, qui incarnent tout cela, bénéficient de suffisamment d’oxygène (des moyens et du temps) pour que la valeur puisse naître. L’effet « tout ça pour ça » est un classique, et il est toujours dû à un manque d’anticipation du post-challenge, rarement à de grands manquements dans l’organisation de l’évènementiel lié à la chose. Le post-challenge, c’est en quelques sortes le destin du participant : à vous de choisir s’il sera intrapreneur, partenaire, contributeur, ambassadeur, innovateur en communauté, formateur, concepteur des prochaines étapes…

 

Et si on en parlait ?