Une semaine avec Axelle Lemaire – Jour 5 #CabOuvert

Une semaine avec Axelle Lemaire – Jour 5 #CabOuvert

Ouverture de cette 5ème et dernière journée, à un rythme qui nous fait regretter l’absence d’un brevet crédible en téléportation. Direction Mediapart. Autrement dit, l’Etoile Noire. La plaie des politiques, pour qui journalisme « engagé et participatif » est souvent synonyme d’édito à charge et de rédac musclée. Et on se dit alors, respect, Madame La Ministre, c’est culotté de se présenter devant deux journalistes aguerris (oui deux, l’un techos, l’autre politicard, histoire de ne laisser aucun angle mort, aucun survivant), une paire donc, formée à l’école Edwy Plenel, et c’est tout aussi culotté de se pointer le surlendemain du 49.3 quand on est Ministre en fonction du gouvernement. Mais égoïstement, nous les observateurs, on se réjouit, on a un petit côté voyeur, on se laisse teaser. Cette rencontre, autant le dire, se révélera pour votre serviteur un vrai moment de découverte de la « Philosophie Axelle Lemaire » : sa vision d’emblée européenne, sa référence quasi-constitutionnelle à une Grande Charte des données, une « Magna Data » comme il y eut à l’époque de feu Jean sans Terre une « Magna Carta », sa lutte menée pour l’affirmation de droits nouveaux (aux noms fleuris : portabilité des données, droit de panorama, mort numérique, j’en passe), les blocages rencontrés autour des « Communs » ou du logiciel libre imposé dans les administrations, l’importance qu’elle accorde à la « méthode » politique, au travers de cette petite révolution de la démocratie représentative qu’a été sa consultation publique, bref, une vue panoramique de ce qu’il faut bien appeler la « vision-système » Lemaire. Je retiendrai notamment cette petite phrase, qui en dit long sur la réaction de l’appareil d’Etat à l’endroit de la Ministre devenue militante : « Je me suis...
Une semaine avec Axelle Lemaire – Jours 3 et 4 #CabOuvert

Une semaine avec Axelle Lemaire – Jours 3 et 4 #CabOuvert

Jour 3 de l’opération Cabinet Ouvert, direction l’Assemblée Nationale ! On ne va pas vous mentir : appel à tous ceux qui n’ont jamais assisté à une séance de QAG (Questions Au Gouvernement), c’est un MUST-SEE ! Ah, l’hémicycle de l’Assemblée Nationale… Ambiance césarienne, mythologie gréco-romaine, style pompier, des dorures à revendre au marché gold, un cocktail Ben Hur voltairien qui ne déplairait pas à certains Robespierristes portés vers l’emphase. Je dis « Ben Hur » pour la rumeur des jeux du stade : car oui, ça jase entre députés, ça invective, ça tape des pieds, c’est indiscipliné à souhait, on a envie d’appeler, en renfort immédiat, un valeureux prof de ZEP pour remettre tout le barnum au carré. Mais mollo, je dis aussi « voltairien » pour le parfait respect des 120 secondes rhétoriques des députés, et la non moins exceptionnelle maestria ministérielle qui, sous la contrainte des mêmes 120 secondes chrono, répond du tac au tac, à la cantonade, et à la perfidie parlementaire (c’est un zeugma, au passage). Alors, bien sûr, on peut se demander à quoi sert l’exercice. Personne ne convainc personne. Le député tire prétexte de sa question pour lancer ses flèches, le Ministre tire profit de sa réponse pour corriger l’impertinent. Flipper de la politique : claque à gauche, gifle à droite. On est là dans l’anti-débat par excellence, mais au diable l’avarice : on passe un bon moment, même si de la démocratie on ne retient ici que le verbe, le Bescherelle sous le bras. Et on se surprend à regretter que cela se termine, car c’était un beau spectacle, vraiment, bien joué, talentueux, et tout et tout. On se doute bien que l’Assemblée Nationale, c’est...
Une semaine avec Axelle Lemaire – Jour 2 #CabOuvert

Une semaine avec Axelle Lemaire – Jour 2 #CabOuvert

C’est une Axelle Lemaire enrhumée et fiévreuse qui, en ce jour 2 du Cabinet ouvert, se rend dans les locaux de Démocratie Ouverte (association créée pour améliorer l’expression de la démocratie) afin d’assister à une séance de découverte de la stratégie et des ambitions du groupement. Il faut décidément de la résilience physique – et un peu de cortisone – pour faire ce métier. Intéressante plongée apnéique dans les eaux militantes ! Première brassée autour des grands objectifs de Démocratie ouverte (lancer une Fondation, un incubateur, un lab de recherche-action), dont tout le monde reconnaît la pertinence et qui affiche être en quête de moyens. Seconde brassée autour de l’épineuse question de la capacité du politique à accompagner l’émergence concrète de ce genre de projet. Trouver un lieu, mobiliser des financements, identifier des sponsors privés : où débute le rôle du politique ? Où s’arrête-t-il ? Dans l’ordre, on peut penser : lieu (facile), financements (très difficile), financeurs potentiels privés (n’en parlons pas). Mais là n’est pas encore la question. Le principe de réalité viendra peut-être plus tard. Pour l’heure, la question se transforme plutôt en réflexion : puisque nous en sommes aux concepts, y a-t-il, au fait, une différence entre l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) et la Civic Tech ? Silence. Pas très long, mais silence quand même, je ne suis pas sourd. Ben oui, après tout, cela fait des années qu’on parle de l’un, des mois (seulement) qu’on parle de l’autre. Alors : bonnet blanc, blanc bonnet ? L’un (ESS) dans l’autre (Civic Tech), l’un autour de l’autre, l’un transverse de l’autre ? Bon. La question mérite d’être posée, la réponse mérite d’être reportée. Je tente quant à moi...
Intelligence collective en ligne et participation citoyenne (Partie 2)

Intelligence collective en ligne et participation citoyenne (Partie 2)

Lignes de faille du numérique citoyen  La multiplication des initiatives de participation citoyenne en ligne offre un premier étalonnage concret et mesurable, dont il s’agit de tirer les enseignements. Tout d’abord, un constat : à se focaliser sur des outils ascendants et descendants, on a créé un vide d’expérimentation en matière de co-production en ligne. Et à défendre une position minimisant la gestion de la concertation numérique, on a fait de l’auto-organisation le mode de production dominant des plateformes numériques. Build it and they will come, dit l’adage anglo-saxon. On sait depuis longtemps dans l’histoire d’Internet que cette posture est un leurre. L’échange en ligne s’organise, se structure, se séquence, s’anime. Ses travailleurs de l’ombre sont des gestionnaires de communautés, des animateurs de médias sociaux, des modérateurs de la participation, des curateurs de contenus, autant de métiers composant la ligne d’horizon professionnelle du digital. Le Web collectif exige en effet une maçonnerie méthodologique et un véritable coaching proactif. Autre ligne de faille, et bien-nommée en l’occurrence, celle de la fracture numérique : l’accent mis sur les données (open data, Internet des objets…) a probablement entretenu une forme d’incompréhension, ou a minima de perplexité, dans le grand public, scepticisme dont témoigne la faible appropriation de l’open data par la population. Propager le phénomène requiert l’émergence d’un véritable “middleground”, cet espace de structuration des nécessaires passerelles entre les données publiques numériques et le monde analogique de la société civile : organisateurs d’événements (formels ou informels), gestionnaires de tiers-lieux, animateurs du tissu associatif, développeurs économiques, agents d’artistes ou de talents créatifs, gestionnaires de ligues, clubs et autres communautés de pratiques, journalistes et médias spécialisés, sociologues,...
Intelligence collective en ligne et participation citoyenne (Partie 1)

Intelligence collective en ligne et participation citoyenne (Partie 1)

Les mythes fondateurs Difficile d’évoquer le thème de l’intelligence collective et de la participation citoyenne en ligne sans faire un détour par les mythes fondateurs, et tout particulièrement par la success-story universelle qu’est devenue Wikipédia. Détour salutaire car Wikipédia a tout simplement su inventer le vocabulaire et la syntaxe des dynamiques contributives en ligne. Et force est de constater que le bilan de près de 15 ans d’histoire est finalement à la fois exemplaire et ambigu: exemplaire de par son succès éditorial multilingue sans précédent, et à ce jour sans successeur (!). Ambigu de par la nébuleuse mythologie qui entoure le processus de co-construction de l’Encyclopédie. Tout d’abord, Wikipédia, comme chacun sait, est le fruit du labeur de dizaine de milliers de personnes. Pas de centaines de milliers. Pas de millions de personnes, comme il est souvent colporté dans les médias. 34000 en 2012 pour être précis (derniers chiffres publiés sur une base scientifique). Soit un nombre d’éditeurs en assez forte décroissance depuis 2007 (ils étaient alors 57000). Et lorsque l’on considère le nombre faramineux d’entrées dans l’Encyclopédie, on saisit la fragmentation de la dynamique collective à l’œuvre. Les articles les plus discutés le sont dans le cadre de querelles d’éditeurs qui, au mieux, mobilisent quelques dizaines de personnes. Second constat : si quelques dizaines de milliers d’individus produisent Wikipédia, ce sont en réalité peu de gens qui produisent beaucoup. En effet, en 2012 toujours, 50% des 5 200 Wikipédiens « super-actifs » (ceux qui réalisent plus de 100 éditions par mois), toutes langues confondues, éditaient plus d’une heure par jour et 20% d’entre eux éditaient plus de trois heures par jour....