CPS, Design Thinking, Lean Startup: en finir avec les Buzzwords !

CPS, Design Thinking, Lean Startup: en finir avec les Buzzwords !

Creative Problem Solving, Design Thinking, Lean Startup, ces mots vous disent surement quelque chose !
Vous avez lu un article sur le sujet ? assisté à une conférence ? ou même participé à une formation express ?
Et puis vous vous êtes dit « Pourquoi ne pas essayer dans mon entreprise… ? »

STOP !

Les quelques lignes ci-dessous ont notamment pour objectif :

1) d’éviter les pièges en comprenant les principes clés de ces 3 démarches
2) de gagner du temps et les articulant efficacement en fonction de vos besoins

 

(Très) Rapide overview :

Le Creative Problem Solving (CPS) est la démarche la plus ancienne (1967), et la plus connue de la plupart des entreprises. Popularisée en France par de nombreux cabinets de conseil depuis les années 80, c’est souvent la démarche sous-jacente que vous appliquez, sans toujours le savoir, lors des fameuses séances « brainstorming ». A l’origine issu de l’association des travaux de A. Osborn et S. Parnes, le CPS se caractérise par un processus qui alterne 7 à 8 phases de « divergence/convergence » :

  • Problem Finding : Repérer un problème à résoudre
  • Fact Finding : Récolter les données
  • Problem Definition : Définir l’objectif spécifique
  • Ideas Finding : Produire de nombreuses idées
  • Solution Finding : Elaborer les solutions
  • Acceptance : Favoriser l’adhésion et la réalisation
  • Plan for Action : Concevoir le plan d’action

Dans les faits, le CPS se synthétise en trois étapes principales : Problem Formulation – Solution Formulation – Solution Implementation.

 

Le Design Thinking (DT) est une démarche née dans les années 1980 à Stanford (R. Faste), et popularisée par l’agence IDEO (T. Brown). Elle connaît un fort engouement en France depuis le milieu des années 2000, grâce à des programmes académiques pluridisciplinaires comme le CPI (Création d’un Produit Innovant) ou la d.school de l’Ecole des Ponts Paristech. Inspiré des modes de pensée et d’action du designer, analytique et intuitif, le Design Thinking attire par son approche « centrée utilisateur » et son principe de boucle itérative de protoytypage/test. On distingue généralement 5 à 6 phases (et beaucoup plus suivant les différentes adaptations) :

  • Empathize (Understand + Observe) : Apprendre de son public par l’observation, l’interview, la mise en situation
  • Define : Adopter des points de vues basés sur leurs besoins et problématiques
  • Ideate : Trouver de nouvelles idées pour résoudre leurs problèmes
  • Prototype : Construire des représentations pour démontrer l’usage
  • Test : Partager les prototypes pour obtenir des retours utilisateurs

Dans les faits, le Design Thinking se synthétise en trois étapes principales : Inspiration – Ideation – Implementation

 

Le Lean Startup (LSU) est beaucoup plus récent (2008), on en parle en France depuis seulement quelques années, poussé par l’extraordinaire explosion des incubateurs, startup program et autres dispositifs d’accompagnement à l’entreprenariat. Proposée par E. Ries, cette démarche vise à appliquer à la création d’entreprise, les principes du « lean management » bien connus du secteur industriel, ainsi que des méthodes « agiles ». Le Lean Startup repose sur un cycle itératif continu composé de 3 phases :

  • Build : Prototyper et tester très rapidement et à moindre coût un « produit aux fonctionnalités minimum »
  • Measure : Mesurer l’impact/efficacité et l’attrait des utilisateurs potentiels
  • Learn : En déduire s’il faut poursuivre et développer le produit ou « pivoter » (changer d’usage, de fonction, de marché, …)

(Oups c’est là que ça se complique) dans les faits, le Lean Startup est souvent utilisé dans le cadre de produits à dimension technologique (digital, applis, interface). Il est donc couplé à une démarche de Design Thinking spécifique que l’on appelle « UX Design » (User Experience), qui associe la conception de dispositifs interactifs et l’approche centrée utilisateur. Vous trouverez donc aussi un processus baptisé « Lean UX », se synthétisant en trois étapes principales : Think (équivalent de learn) – Make (équivalent de build) – Check (équivalent de measure).

 

Ok ! So what ?

Parmi ces 3 démarches dédiées à l’accompagnement de l’innovation par la stimulation d’une certaine forme de « créativité » … Comment y voir plus clair ? Faut-il choisir ?

Le précédent paragraphe nous donne déjà quelques éléments ! Chaque démarche peut être résumée en un seul processus cyclique itératif en 3 phases :

  • Phase 1 : Réflexion, inspiration, et formulation du problème
  • Phase 2 : Idéation et matérialisation des pistes de solution
  • Phase 3 : Mesure de l’impact et de l’adoption par le public visé

Il s’agit en fait simplement d’un processus de design (tout court) ! Une routine cyclique en 3 étapes qui vous permet de structurer votre démarche d’innovation quelle qu’elle soit. CPS, DT, LSU, il ne s’agit en fait que de 3 temporalités de votre démarche d’innovation. C’est-à-dire que vous utilisez le même processus pour passer à travers les différents niveaux de développement de votre output ou livrable :

  1. En amont : le processus en 3 phases produit des idées (CPS)
    Objectif : ce niveau de développement de l’output permet de convaincre ses équipes
  2. Puis à un niveau intermédiaire : le processus en 3 phases produit des prototypes (DT)
    Objectif : ce niveau de développement de l’output permet de convaincre ses utilisateurs
  3. Enfin en aval : le processus en 3 phases produit des business models (LSU)
    Objectif : ce niveau de développement de l’output permet de convaincre ses investisseurs

Résumons : On peut obtenir les bénéfices du CPS, du Design Thinking, et du Lean Startup en ne maniant qu’un seul processus cyclique continu alternant 3 phases : Inspiration, Matérialisation, Adoption, et ce afin de construire progressivement un output qui passera du stade d’Idée, à celui de Prototype, et enfin à celui de Business model !

 

Pour aller plus loin :

Vous l’aurez compris, ce processus en 3 phases est bel est bien celui qu’exploite les designers. Il n’est pas adapté/simplifié pour être compris par les autres métiers de l’entreprise (comme l’a fait en son temps le design thinking), il est juste synthétisé pour ne faire émerger que les mécanismes psychologiques communs à tout individu : Je capte de l’information, Je la transforme, Je communique ma proposition. Ainsi la démarche d’innovation peut être diffusée dans votre entreprise sans passer pour une « nouveauté venue de la côte ouest », mais simplement :

  • Parce qu’à l’échelle micro (processus en 3 phases) : elle fait sens pour chacun de vos collaborateurs et diminue le rejet d’une énième nouvelle méthode
  • Parce qu’à l’échelle macro (Idées, Proto, BM) : elle vous permet de piloter votre démarche d’innovation à un niveau stratégique avec une certaine cohérence entre différents projets lancés en parallèle.

Evidemment, en fonction de chacun des niveaux de développement de vos outputs, ce sont les outils (techniques de créa, de représentation, de scénarisation, etc.) utilisés à chacune des phases du processus (Inspiration, Matérialisation, Adoption) qui vont évoluer. Par exemple d’avantage tourné sur des enjeux d’utilité au début (des idées pertinentes), puis d’utilisabilité (des protos qui marchent), et enfin de désirabilité (une proposition de valeur claire).

Enfin, parce que l’innovation est aujourd’hui intrinsèquement ouverte (tant sur l’intérieur que sur l’extérieur de votre entreprise), un tel processus simple et unifié permet de faciliter le dialogue Grands groupes/PME/Agences/Startup, en proposant un même langage de collaboration !

 

En conclusion, voici un plan d’action par ordre de priorité :

  • Step 1 : Oubliez les Buzzwords, n’investissez pas dans une démarche d’innovation (CPS, DT, LSU, etc.) sans bien comprendre les principes sous-jacents et les bénéfices réels pour votre organisation.
  • Step 2 : Adoptez un processus simple, compréhensible par tous vos collaborateurs et vos partenaires externes, et surtout « scalable », c’est-à-dire pilotable tant au niveau micro (opérationnel) que macro (stratégique).
  • Step 3 : Construisez votre propre processus d’innovation par le design, adapté à votre organisation et vos spécificités, dans une perspective systémique et évolutive, et non linéaire et statique comme c’est encore trop souvent le cas.
  • Step 4 : Evoluez d’une approche de l’innovation polarisée sur les projets, à une approche polarisée sur les gens (collaborateurs, fournisseurs, clients, actuels et futurs), et enrichissez votre processus par les outils et méthodologies de l’intelligence collective. Vous capitaliserez ainsi sur les interactions sociales qui sont au cœur de votre entreprise, sans toutefois négliger la structure et l’organisation indispensables pour aborder ce degré de complexité.

Envie de poursuivre la discussion ? Parlons en autour d’un mail 😉

pathum.biladeroussy@bluenove.com

 

PATHUM BILA-DEROUSSY est diplômé du Master en Design industriel de Strate – Ecole de Design, du Master Recherche Innovation-Conception-Ingénierie des Arts et Métiers ParisTech, et possède également le grade de Docteur des Arts et Métiers. Ses recherches portent sur les approches systémiques de la créativité pour l’optimisation de l’innovation aux sein de contextes complexes. Elle nourrissent ainsi les champs du développement durable, de la digitalisation, et de la stratégie d’entreprise. Pathum a rejoint bluenove en 2015 en tant que Chief Design Officer.
Merci de partager autour de vous !

3 Commentaires

  1. Cheers, good to read. Heureux de comprendre que l’écoute et l’empathie de chacun des collegues transversent ou pas soit une priorité. A bientot pour en parler.

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  2. Votre contribution a été partagée dans notre réseau d’open-innovation des Yvelines. Je tenais à vous remercier pour cette synthèse réfléchie. Je partage votre point de vue sur le fait que la compréhension des enjeux et des situations est sous-évaluée par rapport à l’usage des outils.
    Si votre thèse est disponible, je serais ravie de la lire pour pouvoir la poursuivre dans mes travaux sur les droits de créativités et des innovations.

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    • Merci pour ces commentaires, le document n’est pas encore en ligne mais c’est une question de semaines, il sera disponible ici : http://www.theses.fr/s146845

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