La transformation digitale, on l’entend partout : elle révolutionne les usages, ubérise des acteurs que l’on croyait indéfectibles en quelques années, invente des nouveaux modèles économiques… Mais le concept recouvre plusieurs facettes et modalités différentes. Le Hacking Health Camp, hackathon dédié à l’e-santé se tient dans quelques semaines à Strasbourg : l’occasion de lire la transformation numérique sur le cas du secteur de la santé.

 

  1. Les innovations technologiques

La transformation numérique a commencé par modifier radicalement la communication et la circulation de l’information : dématérialisation, utilisation massive des ordinateurs, d’internet etc. simplifiant et allégeant nos modes de travail. Les innovations techniques et numériques continuent de se développer, et vont désormais bien au-delà des fonctions support. Les technologies de pointes entrent de plus en plus dans nos vies quotidiennes : démocratisation de la réalité virtuelle, imprimantes 3D, objets connectés etc. et les usages de ces produits issus de la tech s’imposent dans tous les secteurs et deviennent de nouveaux concurrents.

Dans la santé :

Des technologies viennent apporter de nouvelles solutions de soins et de traitement pour les patients, avec plusieurs bénéfices :

  • Moins contraignantes grâce à la télémédecine : les conseils ou les réponses personnalisées se développent de plus en plus. Les outils proposent des réponses à une inquiétude par chat ou vidéo (https://www.mesdocteurs.com/), à des petites cabines spécialisées avec des objets connectés pour du dépistage, de la prévention et du suivi de patients (http://h-4-d.com/) permettant de mieux couvrir les territoires.
  • Moins chères : les imprimantes 3D permettent de fabriquer des prothèses à moindre coût (entre 50 et 100€ contre 50 000- 70 000€ pour des prothèses de pointe)[1].
  • Plus simples pour le patient : les casques de réalité virtuelle deviennent des compléments à l’anesthésie, très lourde pour le patient. Il est immergé dans un mini-jeu ou dans un scénario, détournant son attention et réduisant drastiquement son anxiété, et ainsi la douleur[2].

 

  1. La collecte et le traitement des données

A peu près n’importe quel objet peut désormais être connecté et collecter des données (externes ou personnelles). Les big data donnent du sens à ces données par des schémas et des corrélations entre des données variées. Ces informations ont de multiples usages : marketing, modèle prédictif, etc. Tout en restant prudent sur la protection des données personnelles et sur l’excès de confiance attribué aux corrélations[3], le champ des informations à explorer s’élargit de manière inédite.

Dans la santé :

Le dépistage, la prédiction et la compréhension d’un grand nombre de facteurs – et l’interaction entre ces facteurs – sont des enjeux clés pour la santé de demain, de plus en plus personnalisée et préventive.

  • Sur la prédiction et la personnalisation des soins : l’analyse d’un grand nombre de données et de nature très variées (antécédents, famille, mode de vie etc.) d’un patient peut désormais être beaucoup plus fine et permettre une meilleure compréhension des facteurs de risque pour un type de maladie et propre à chaque patient. Les molécules développées ont des spectres de plus en plus précis, notamment en oncologie et antibiotiques. La connaissance précise de chaque maladie et de chaque patient permet de proposer un traitement plus précis et plus efficace.[4] Le programme Epidemium mené en partenariat entre La Paillasse et les Laboratoires Roche développe ce type de recherches, dans une démarche ouverte et de mutualisation de compétences médicales et de traitements des données.
  • Pour la pharmaco-vigilance et la surveillance des effets secondaires : Le suivi des effets secondaires une fois un médicament mis sur le marché est très complexe. Le patient doit signaler l’effet secondaire à son médecin (ce qui sous-entend que le patient pense que l’effet secondaire en question est bien lié à la prise du médicament), puis le médecin doit le remonter via des procédures administratives, et le laboratoire pharmaceutique doit les compiler et les traiter. Or, les objets connectés peuvent collecter automatiquement des données de plusieurs patients à la fois, suivre leur régime (physique, alimentaire, sommeil etc). La collecte peut être beaucoup plus exhaustive, automatique, sous le même format et compiler dans un même fichier toutes les données. La population observée est beaucoup plus fiable, et permet ainsi une détection des effets secondaires beaucoup plus efficace. La caisse nationale d’assurance maladie et polytechnique ont lancé un partenariat de recherche en ce sens : http://bit.ly/1EZqDII.

 

  1. Les modèles économiques de plateformes

Les technologies d’information et de communication nous permettent d’entrer directement en contact d’individu à individu très facilement. Des plateformes assurent un cadre de confiance pour toute forme de prestation ou de service (Airbnb, Uber etc.) grâce notamment à des systèmes de notation, de sécurisation des données etc. Les modèles C to C, où les producteurs sont aussi consommateur et ne sont plus nécessairement des professionnels se développent massivement.

Dans la santé :

Le secteur de la santé est beaucoup plus protégé des modèles « d’ubérisation », puisqu’un particulier ne peut prétendre avoir les compétences pour être médecin ! Si la réglementation protégeait les taxis, dans une moindre mesure les hôteliers ou la restauration (notamment pour les normes sanitaires), il semble compliqué de remplacer un médecin. La barrière à l’entrée n’est pas règlementaire – donc potentiellement évolutive ou contournable – mais bien sur maitrise d’une connaissance très pointue.

  • En revanche, la patient en tant que tel joue un rôle de plus en plus important dans son propre parcours. « L’expertise du patient » a davantage de reconnaissance[5], en particulier pour la meilleure prise en compte des effets secondaires, l’accompagnement tout au long des traitements longs et complexes (chimiothérapies par exemple) et sur un suivi psychologique. Les patients peuvent facilement se retrouver, se soutenir et se donner des conseils sur la vie avec la maladie au quotidien, comme la plateforme Esperity pour les personnes atteintes de cancer.

 

  1. Les nouveaux usages : personnalisation et simplification

Les usages tendent vers des services de plus en plus connectés, personnalisés et simplifiés – notamment grâce à l’utilisation des données personnelles vue précédemment. Nous ne cherchons plus un taxi dans la rue, nous le commandons pour qu’il vienne nous prendre là où nous sommes en moins de 5 minutes ; on veut des recommandations de livres, de fils ou de séries selon nos goûts ; on nous propose des promotions selon notre style et les articles que nous avons déjà consultés. Les services que nous utilisons sont de plus en plus connectés pour mesurer notre profil et anticiper nos besoins.

Dans la santé :

  • Les applications de santé et de bien-être se développent et nous permettent de mesurer nos modes de vie et de les améliorer grâce à des conseils : régime alimentaire, sport, etc. comme l’application Mon Coach Minceur
  • Dédiées à la santé, plusieurs applications permettent d’effectuer un suivi simple ou des diagnostics depuis le smartphone. Le patient est ainsi de plus en plus autonome, et le médecin n’est plus la seule source d’informations et d’autorité. Les patients se renseignent de plus en plus avant le rendez-vous, viennent avec informations et un profil déjà renseigné[6] [7].

 

 

L’arrivée de nouveaux acteurs issus du numérique dans le secteur de la santé apporte plusieurs changements :

  • Une autonomisation et une place plus grande du patient dans la thérapie : le suivi s’intègre de plus en plus dans la vie quotidienne, le patient est amené à mieux comprendre sa maladie et à partager son expertise.
  • La proposition de nouvelles formes de soins de plus en plus abordables
  • Une personnalisation des soins et une santé de plus en plus prédictive.

Or ces nouveaux métiers et expertises sont récents et arrivent sur le marché très rapidement : ils ne sont pas nécessairement les compétences de demain des acteurs historiques de la santé ; si les laboratoires pharmaceutiques, les médecins ou les hôpitaux n’ont pas vocation à être des start-ups de traitement de big data demain, ces transformations réorientent leur métier et appellent de nouveaux partenariats et un écosystème de plus en plus ouvert pour inventer les solutions de demain.

[1] Impression3D :  la première prothèse de main à 50€ débarque en France, 20minutes, 17.09.2015 http://bit.ly/1Pj7Yfp

[2] http://www.realite-virtuelle.com/mans-realite-virtuelle-douleur-2312

[3] Spurious correlation, un site qui expose des relations très corrélées, mais pas du tout causales ! http://www.tylervigen.com/spurious-correlations

[4] Podcast Le cancer, l’éternel combat, Révolutions médicales, France Culture, le 2 avril 2013 http://bit.ly/2jeKpyv

[5] Médicaments : la parole est au patient, Le monde, 22 novembre 2016, http://abonnes.lemonde.fr/sciences/article/2016/11/22/medicaments-la-parole-est-aux-patients_5035896_1650684.html

[6] Elsan lance une application de suivi médical, TIC Santé, 19 août 2016,  http://www.ticsante.com/Elsan-lance-une-application-mobile-de-suivi-medical-a-domicile-NS_3146.html

[7] Diabéo : une application réussie de suivi des diabétique, Médecin geek, 13 octobre 2013, http://www.medecingeek.com/diabeo-une-application-reussie-de-suivi-des-diabetiques/

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