C’était le thème de notre intervention lors de la première édition du Forum Mondial de la Gouvernance qui s’est tenu dans la salle plénière du conseil régional de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

Antoine Brachet, directeur chez Bluenove en charge notamment des offres services et logicielles d’intelligence collective, intervenait en duo avec Romane Martin, conseillère auprès de Stéphanie Pernod-Beaudon, Vice-Présidente en charge de la formation professionnelle et de l’apprentissage à la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

L’occasion d’un échange vif et engagé entre Romane & Antoine, dont nous allons essayer de restituer le dialogue.

Vous êtes confortablement installé à l’Orchestre.
Les trois coups retentissent. Le rideau se lève. Deux personnages sur scène : Action !!!

Romane M (attaque, bille en tête) : La démocratie s’essouffle Antoine !
Dans une étude menée par Ipsos Sopra Steria au mois d’octobre, on a demandé à des citoyens français de définir la démocratie : nous avons donc eu : la liberté; le pouvoir par le peuple; mais aussi… une supercherie.

En novembre 2016, 57% des personnes interrogées considèrent que la démocratie française fonctionne mal. Et 77% des personnes interrogées pensent que la démocratie française fonctionne de moins en moins bien. Le contexte de notre monde actuel nous pousse à constater que le fonctionnement démocratique s’essouffle. La révolution numérique et les crises ambiantes de notre monde d’aujourd’hui nous pousse à repenser ce modèle. Ces contraintes de gouvernance poussent le monde à repenser son modèle institutionnel.

Toi Antoine comment définirais-tu la démocratie?

Antoine B (pondère un peu) : Merci pour cette question Romane, cela fait des milliers d’années que les plus grands philosophes essaient de trouver une définition, cela va être compliqué en deux minutes! J’ai une image maritime qui me vient en tête : La Démocratie est comme un Supertanker. Il est conçu pour avancer vaillamment dans la direction qu’on lui indique. Mais dans notre supertanker, les décisions sont issues du collectif et sont par définition lentes. Au moins jusqu’à présent, car nous verrons que de nouveaux moyens existent d’accélérer cette prise de décision sans affecter son efficacité.

En tout cas à ce stade ce n’est pas l’agilité qui la caractérise. Si on décide de changer de direction, par exemple parce que l’on décèle un tsunami à l’horizon, cela prend du temps. Alors d’habitude on a des radars pour nous aider à anticiper. Or notre problème c’est que nos radars sont également défaillants.

Il y a 2 tsunamis face à nous, écologiques et numériques, et nous sommes encore en train de débattre de leur existence. Donc nous ne changeons même pas la direction.

Romane M (stressée) : Alors la démocratie est morte ?

Antoine B (aimerait la rassurer) : Je ne pense pas que ce soit la bonne question.
La question précise que l’on doit se poser est pour moi la suivante :
A quelles conditions opérationnelles la démocratie est-elle encore le meilleur des systèmes à l’exception de tous les autres ?
Si on ne trouve pas de réponse, alors la démocratie n’est pas morte mais elle devient inopérante au moins jusqu’à ce que nous ayons trouvé un moyen de franchir les deux tsunamis que nous venons d’évoquer. Je ne suis pas médecin, mais de nombreux exemples actuels tendent néanmoins à prouver que la mort clinique de la démocratie ne peut pas encore être prononcée.

Ces exemples sont pour moi les bulles d’eau d’une casserole dont l’eau commence à frémir. Et c’est l’action de chacun d’entre nous qui augmente la diffusion de gaz sous cette casserole. Voyez ces petites bulles apparaître :

Imagine l’Islande : Après l’enfer de la crise financière qui a ruiné une grande partie des islandais, le parti pirate est présent au gouvernement…Et une nouvelle constitution est en cours d’élaboration, avec tous.

Savais-tu également qu’à Taiwan, des hackers positifs ont pris le pouvoir?
Pourquoi dans ce pays?
Parce que les premières élections présidentielles ont eu lieu en 1996 après 40 ans de dictature. Et que 1996 était également l’acte de naissance du web dans ce pays.
La population a assimilé l’équation suivante : Démocratie = Internet.
Tout a commencé en mars 2014 : les députés (démocratie représentative) ne voulaient pas voter une loi, plusieurs centaines de militants ont décidé d’investir le parlement. Puis ils ont décidé de rendre public toutes leurs délibérations, puis de faire participer plusieurs centaines de millier de personne (démocratie délibérative grâce à internet et plateforme en ligne). Et ce n’est qu’un début.

Toi Romane, quels ingrédients verserais-tu dans cette casserole?

Romane M (fonceuse) : Je nous verserais nous. Ma génération des 20–30 ans. Finalement, ce nouveau mode de gouvernance est un work in progress permanent, qui a été initié dans de nombreuses institutions mais dans lequel il faut persévérer. Une transition de gouvernance se fait dans un temps long, du fait du supertanker, et surtout avec tout le monde. NOUS SOMMES LA GENERATION DE LA NOUVELLE GOUVERNANCE!

Mais selon toi Antoine, quels seraient les enjeux de cette nouvelle gouvernance ?

Antoine B (après mûre réflexion) : Pour moi l’essentiel est de remettre l’humain au centre

Il y a cette phrase que nous avons retenue pour le projet Julien Letailleur : Du Je au Nous. Cela pose la question du juste rapport à l’ego.
Cela s’applique dans les mouvements citoyens, mais également dans les nouveaux modes d’organisation des entreprises.

C’est la même chose en entreprise, en terme de gouvernance. Imagine un DRH aujourd’hui: il fonctionne en associant des ressources avec une lettre de mission générale et des missions particulières.

Imagines que tu puisses en tant que salarié ou freelance promouvoir tes compétences et tes appétences en temps réel, directement dans le cadre de ton travail ? Via tes actions quotidiennes? Alors tu pourrais indiquer à tout le monde ce en quoi tu crois, que tu aimes faire, avec qui, et de facto t’insérer dans des équipes ouvertes.

C’est mon boulot chez Bluenove : on se consacre à identifier les meilleurs moyens d’activation de cette intelligence collective. On pourrait la comparer à un nouveau carburant, celui de nos appétences, dont nous disposons en quantité illimitée, et que nous pourrions décider d’utiliser pour nourrir les projets les plus en liens avec nos missions.

Il y a une limite éthique bien sûr, c’est cela le vrai sujet sur lequel nous devrions réfléchir, puisque se pose la question de l’usage des données de tous.

Romane M (pensive) : Ah oui l’éthique.

Cela rejoint ton travail sur Julien Letailleur, porte voix fictif d’une communauté : optimisme, accessibilité, responsabilité et travail sur l’ego. C’est exactement les défis que notre génération devra relever. Voici la manière dont je me suis appropriée ces 4 sujets :

Optimisme : Ne jamais baisser les bras face à une gouvernance défaillante, ce qui est souvent un risque lorsque vous passez vos journées à déranger ce type d’organisation.
Accessibilité : tout le monde, moi la première, a tendance à nous enfermer dans notre tour d’ivoire et penser que la gouvernance se fait dans les murs de la citadelle. Peut être est-ce une erreur, et faut il créer des ponts avec tous pour créer la gouvernance de demain.
Responsabilité : C’est le pendant de l’accessibilité. Si on me donne accès à l’information, aux grands débats sur lesquels nous devons trancher, il est de mon devoir de prendre position.
Travail sur l’ego : c’est certainement le plus complexe : comment réformer sans avoir un porteur de la réforme ? c’est tout le dilemme de la vie politique d’aujourd’hui, qui ne peut procéder sans leader identifié.

AB (optimiste) : Tout dépend en fait de chacun de nous.
On est passé du consommateur au consomm’acteur : il nous faut désormais faire même chose à l’échelle de nos organisations, et de notre société.

Et on a deux très bonnes nouvelles :
D’abord notre ADN en Europe est parfaitement adapté pour proposer ce nouveau cadre de réflexion.
A rebours du JE américain et du NOUS travesti en Chine par exemple, proposer le juste équilibre entre les deux.

D’autre part nous vous avons vous !! Une génération entière Digital Native qui saura mieux que nous utiliser la puissance des outils dont nous disposons aujourd’hui au service de ce nouvel idéal. Et qui n’a plus qu’une envie : Donner du sens !!! 

…Ne nous reste plus qu’à travailler ensemble

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