Les citoyens peuvent-ils participer à l’élaboration des politiques publiques ?

Les citoyens peuvent-ils participer à l’élaboration des politiques publiques ?

  Dans un contexte de décrédibilisation des pouvoirs publics et d’une défiance citoyenne à l’égard des représentants politiques, de nombreux acteurs plaident pour un renforcement de la participation citoyenne dans l’élaboration des politiques publiques. Associations, élus et administrations considèrent maintenant avec intérêt les opportunités offertes par l’intelligence collective. La Conseil national du numérique (CNNum) a d’ailleurs récemment publié un avis sur la confiance dans la vie publique, avec et pour les citoyen-ne-s d’une société numérique, appelant notamment le Parlement à intégrer davantage de recommandations et d’amendements citoyens dans la rédaction des textes législatifs, et même à promouvoir une communauté de citoyens engagés au sein de nos institutions. Comme nous l’avons déjà étudié dans un précédent article, les outils de concertationexistent et peuvent s’intégrer dans notre paysage institutionnel. Cependant, cette révolution dans nos modes de faire s’appuie sur un constat partagé par l’ensemble des acteurs souhaitant encourager la démocratie délibérative : le citoyen est naturellement compétent pour participer à l’élaboration des décisions publiques. Mais est-ce bien le cas ? Les citoyens sont-ils compétents pour participer aux affaires publiques ? Quels sont les résultats attendus d’une démarche de co-construction ? Nous verrons que la participation des usagers peut effectivement enrichir les politiques publiques mais que la présence d’experts et de responsables politiques reste nécessaire, tout l’enjeu étant de construire une nouvelle collaboration entre ces acteurs. Nous présenterons à la fin de cet article les conditions assurant une co-élaboration efficace avec les citoyens. L’élaboration des politiques par et pour les usagers   « C’est la personne qui porte la chaussure qui sait le mieux si elle fait mal et où elle fait mal, même si le cordonnier est l’expert qui...
Civic Tech : une nouvelle classification

Civic Tech : une nouvelle classification

  Depuis quelques années, les technologies civiques ont explosé en France. Dans le contexte électoral que nous connaissons à l’aune du premier tour de la Présidentielle, ces acteurs tentent de sensibiliser les citoyens sur leurs droits et devoirs politiques. Pourtant, ce que nous appelons la « Civic Tech » comprend des initiatives extrêmement différentes et répondant à des enjeux très variés. Dans cet article, je propose une nouvelle typologie des technologies civiques afin de permettre aux citoyens, mais aussi aux décideurs publics, de s’y retrouver dans ce qui peut sembler être un « fourre-tout » indéchiffrable. Je vais commencer par rappeler la distinction entre Civic Tech, Gov Tech et Pol Tech, avant de proposer une nouvelle classification que me semble plus pertinente pour répondre aux réalités politiques actuelles.   Civic Tech, Gov Tech, Pol Tech : un modèle dépassé ? Une première typologie avait été présentée par de nombreux acteurs de la démocratie digitale. Aux côtés de la Civic Tech, définie comme des technologies à l’initiative de la société civile et des associations indépendantes des pouvoirs publics, se trouveraient d’une part la Gov Tech, c’est-à-dire des dispositifs de démocratie participative lancés par les pouvoirs publics eux-mêmes, d’autre part la Pol Tech, à savoir l’ensemble des outils numériques qui accompagnent les partis et mouvements politiques dans leur campagne électorale. D’après moi, ce modèle est inapproprié pour deux raisons. Le premier est qu’une grande partie des projets dits Civic Tech sont en fait lancés à l’initiative des acteurs publics. Pensons à la loi sur la République numérique initiée par la ministre du numérique Axelle Lemaire, Voxe qui propose son comparateur de...
#INVENTONS2017 : bluenove pilote avec Sciences Po un débat public sur le manifeste des jeunes pour les élections présidentielles

#INVENTONS2017 : bluenove pilote avec Sciences Po un débat public sur le manifeste des jeunes pour les élections présidentielles

Les élections présidentielles approchent à grand pas en France. Elles concentrent l’intérêt des médias et d’une grande partie de la société française attentive à un suffrage qui n’a jamais été aussi incertain. Pourtant, les enquêtes le démontrent, la jeunesse a perdu confiance dans les institutions et ses représentants politiques.   Un projet pour donner la parole aux jeunes C’est dans ce contexte que Sciences Po a décidé de lancer le projet #Inventons2017 afin de permettre aux jeunes de s’exprimer dans le cadre de ces élections et de présenter leurs propositions pour l’avenir du pays. Ce projet pionnier est donc ambitieux : il vise à rétablir la confiance entre citoyens et experts pour concevoir ensemble des politiques publiques de manière plus efficace et démocratique.   Une deuxième phase de co-construction pilotée par bluenove Suite à une première phase de consultation pilotée par Make.org et les Echos Start fin 2016, qui a permis aux jeunes de moins de 30 ans de partager leurs propositions pour la France, un débat en ligne est lancé en janvier sur l’outil d’intelligence collective Assembl. L’objectif de cette nouvelle étape est de co-construire entre jeunes citoyens, étudiants de Sciences Po et experts académiques un programme d’actions publiques tangibles pour la France.   Un travail collaboratif entre citoyens, étudiants et experts Le débat en ligne, piloté par bluenove, est animé par une communauté d’étudiants de Sciences Po qui se mettent au service des citoyens pour les aider à consolider 5 mesures politiques issues de la première phase du projet. Ces propositions seront présentées en direct aux candidats aux élections présidentielles lors d’un événement de restitution à Sciences Po.   Cinq mesures...
Les Civic Tech peuvent-elles s’intégrer dans notre paysage institutionnel ?

Les Civic Tech peuvent-elles s’intégrer dans notre paysage institutionnel ?

Depuis plusieurs mois les Civic Tech ont le vent en poupe. Sous cet anglicisme se cache l’ensemble des outils numériques qui renforcent le lien entre les citoyens et les représentants politiques en permettant la co-construction des décisions publiques, l’ouverture des données gouvernementales et la mobilisation citoyenne sur des enjeux précis. En France, les initiatives Civic Tech sont légions : Assembl, développé par bluenove, DemocracyOS,  ou encore LaPrimaire.org font figure de pionnières de l’innovation démocratique. Parallèlement, les pouvoirs publics multiplient les demandes de concertation citoyenne : que l’on songe, par exemple, au budget participatif de la Ville de Paris, qui a mobilisé près de 160 000 personnes, ou encore au débat international sur les villes inclusives, proposé par les villes de Paris et de Medellín et piloté par bluenove grâce à son outil d’intelligence collective en ligne Assembl. Ces projets démontrent l’engouement que connaissent actuellement les Civic Tech. Cependant, sont-elles réellement adaptées à nos institutions politiques ou demeurent-elles un outil d’édulcoration d’un système politique plutôt fermé ?   Des institutions peu propices à la co-construction Lorsque nous regardons chez certains de nos voisins (Scandinavie, Allemagne, Islande…), nos institutions peuvent sembler rétrogrades sur le plan de la participation citoyenne. Cependant, cette culture de la participation citoyenne appartient-elle vraiment à notre ADN politique ? Notre système politique est doublement fermé. D’une part, les Français sont historiquement attachés à l’Homme providentiel. La Ve République est le symptôme de cette inclination à faire confiance à une figure d’autorité. L’épicentre de nos institutions demeure le pouvoir exécutif incarné par le Président de la République. Qu’on ne s’y méprenne pas : les Français sont tout autant attachés au charisme d’un individu...