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J’ai testé pour vous…animer une réunion locale du Grand Débat National

Ce que l’on pourrait craindre (terreau favori des détracteurs du Grand Débat National) :

…sur la dynamique collective d’une réunion locale :

  • La récupération politique : les participants débattent au vu de leur parti politique et prônent une affiliation idéologique plutôt qu’une construction autour des enjeux pour la France et de leurs convictions, envies et propositions personnelles en tant que citoyen. Le risque est d’autant plus grand que le Grand Débat a glissé de la CNDP (l’indépendante Commission Nationale de Débat Public) au Gouvernement.
  • Un débat entre les élus et leur opposition locale : la réunion locale est une tribune d’enrôlement de choix pour les élus locaux, mais aussi pour leurs opposants, au risque de transformer le rendez-vous en une joute entre les 2 ou 3 futures listes électorales de la commune.
  • Le dialogue de sourds : la construction collective est absente, les participants apportent chacun leur point de vue ou idées sans tenir compte du collectif, écouter, dialoguer, co-construire avec les autres. Aucune ligne collectivement construite ne se dégage dans la salle.
  • Les participants ne sont pas représentatifs du citoyen français : ceux qui sont présents sont des engagés ou des revendicateurs, ceux qui trouvent le temps de se déplacer sont essentiellement des retraités, laissant derrière eux les plus jeunes ou actifs qui feront la nation demain.

…sur l’intelligence citoyenne des réunions locales :

  • Le recueil de doléances et de problèmes plus ou moins stratégisés, l’absence de réflexion approfondie ou globale, le manque de propositions constructives pour l’avenir.
  • Les participants traitent de sujets locaux et sur-spécifiques plutôt que des enjeux pour la France, au niveau national et dans le monde.
  • Une série de points de vue individuels s’additionnent sans faire émerger de voix collective ou sans faire progresser le débat sur le fond, que ce soit dans les défis à relever ou les propositions pour y répondre.
  • Des fake news et un manque de connaissances biaisent les échanges et les propositions, voire polluent le débat.

reunion RIL

La réalité : aucun de ces points ne s’est produit dans la réunion locale dont j’ai fait l’expérience, à Auvers-sur-Oise (Val d’Oise). 5 heures de débat ont laissé le temps aux citoyens qui se sont déplacés pour l’après-midi de construire un collectif autonome, intelligent et productif dans toute sa diversité. Voici une brève analyse des facteurs qui ont rendu cette réunion propice à un débat de fond pour la Nation :

  1. Le rôle de la réunion locale. Participer à une réunion locale du Grand Débat National est un acte officiel de participation : vous devez déclarer en ligne votre réunion et la restituer, ce qui doit conforter les participants dans leur acte d’engagement et leur confiance. Le cérémonial de la présentation de lancement de la réunion est majeur. La réunion locale est d’abord un temps d’information des citoyens sur ce qu’est le Grand Débat National : quelques vues de la page d’accueil du site officiel suffisent (objectifs, à quoi servent les contributions, calendrier, comment participer). Cette information invite donc les participants à la réunion à former un collectif. Pour ceux qui ne pourraient se connecter de leur domicile, imprimer les questionnaires officiels sur les tables est utile, la restitution de la réunion locale incluant donc une partie quantitative qui regroupe les réponses à ces questionnaires. Regret généralisé dans la salle : la contribution en ligne est uniquement un questionnaire, pas un débat, donc impossible de vivre en ligne un équivalent collectif de l’expérience vécue en réunion locale.
  2. Le rôle de la Charte : La Charte du Grand Débat National et les objectifs des réunions locales est une clé de voute du déroulé de la réunion locale. D’une part, elle est adaptée à l’exercice et permet de couvrir la quasi-totalité des cas problématiques pouvant survenir dans le cadre de ces échanges, d’autre part elle est rédigée de façon claire et impactante. Cela permet d’introduire la réunion locale en se présentant et en lisant à haute voix, de bout en bout et de façon solennelle, la charte. L’afficher à l’entrée de la salle et en permanence au cours de la réunion légitime les animateurs, dont le seul rôle devient de la faire respecter, et d’être garant du temps et de la restitution.
  3. Le rôle de l’animateur neutre : L’animateur a un rôle d’exemplarité. Il sera apprécié dans son rôle s’il respecte lui-même la charte, qui inclut une posture de neutralité et de facilitateur, voire de régulateur, ainsi qu’un droit (extrême) de faire sortir tout participant qui ne la respecterait pas à plusieurs reprises ou de façon grave. Le fait même de la lire au début des échanges permet d’éviter au cas de se produire. Les profils perturbateurs sont régulés par l’attente collective d’un respect de la charte pour le bon déroulé de la conversation.
  4. Le rôle des élus locaux : Ils sont mobilisés pour mettre à disposition des citoyens les moyens du dialogue, être garants des conditions du débat, et prendre en compte la synthèse au niveau local. Concrètement, les élus locaux ne sont pas nécessairement présents ou participants au cours de l’échange, garantissant ainsi une certaine neutralité. A Auvers-sur-Oise, Madame la Maire Isabelle Mézières a introduit la session en remerciant les participants de leur venue, laissant les animateurs en autonomie et garants du cadre du dialogue au cours de la session. Dans mon vécu, être co-animateur avec le médiateur bénévole de la commune a été une des clés de la sérénité de la réunion : il est une figure locale légitime.
  5. Le temps de devenir un collectif constructif. Les cinq heures de débat se sont cadencées à hauteur de 1h par thème environ. Chaque heure a eu le même format : par tables de 5 à 7 participants, les premières 35 minutes sont une conversation libre avec prise de notes de chacun sur les défis et propositions qui émergent, puis une vingtaine de minutes est accordée à une restitution des tables volontaires et un échange libre au niveau de la salle. Un changement de groupe est possible toutes les heures, entre chaque thème. Le collectif a donc eu le temps d’émerger à chaque table et au global… au point d’avoir des groupes et un rythme presque autonome au niveau de la salle pour les deux derniers thèmes, et de prolonger la réunion avec les plus passionnés, souhaitant approfondir leur contribution. Au final, les citoyens ont produit 70% de solutions collective pour 30% de problèmes. 
  6. La description des thèmes : La description des thèmes sous forme de fiches réalisée pour le Grand Débat National est un atout précieux pour les réunions locales. Bien qu’une vidéo de 3 minutes sur chaque thème (le sujet, quelques faits, enjeux pour l’avenir) eût été un bon support en complément pour lancer les discussions, imprimer les fiches sur chaque table comme un support à disposition pour inspiration des participants fonctionne car elle apporte faits et questions pour nourrir la discussion, l’objectiver.
  7. La gestion de la connaissance : 3 sachants dans la salle ont apporté des faits enrichissants à 3 tables différentes. D’accord entre eux sur certains faits et au contraire précisant si des informations étaient incomplètes. Ces profils qui ont rejoint par hasard le collectif ont apporté richesse et apprentissage, pour les participants comme pour nous animateurs. Constat unanime : les sachants ont poussé le collectif vers le haut, vers la qualité et la vraisemblance des propositions. Sans aucun doute, l’apport de contenus et de connaissance par le site du Grand Débat National aurait été un facteur généralisé de qualité pour les réunions locales.
  8. Rendre la restitution de la réunion transparente et collective : Annoncez la date de publication de la restitution dans le site du Grand Débat National (voir pages 4 et 7), invitez les participants à en prendre connaissance faire leurs retours ou partager leurs compléments sur une adresse email dédiée (insistez sur le fait que ce n’est pas une synthèse). La restitution devient alors opposable et transparente, en étant fidèle aux échanges sur les points de consensus et de débat. Annoncée dès le début de la réunion, cet exercice ouvert de restitution devient la promesse d’une écoute et d’une neutralité de l’exercice.

Au final, deux échelons de participation locale que sont le cahier de doléances (obligatoire en mairie) et la réunion locale (facultative malheureusement) et un échelon national avec la plateforme en ligne ont révélé la soif de dialogue national. Il devient indispensable d’avoir une démarche de dialogue national à l’année, organisée par sujets et à tous les échelons du pays, en présentiel et en ligne. Les élus locaux peuvent devenir des apporteurs pérennes de débat social, économique et environnemental. L’équipe municipale d’Auvers-sur-Oise compte d’ailleurs pérenniser le dialogue au niveau de la commune en utilisant le site web de la mairie pour inviter les citoyens à s’exprimer.

Au médiateur de la commune qui a organisé et animé la réunion avec moi de conclure en remerciant les participants : « Cette démarche conforte ma conviction que les solutions se trouvent dans l’échange. »