La raison d’être : une raison de faire collectivement, différemment et durablement

L’emphase actuelle sur la raison d’être peut laisser perplexes quelques-uns, certains y voient un habile exercice de communication pour les entreprises, d’autres explorent les voies de l’intelligence collective pour tenter d’en faire un exercice participatif.

L’objet est protéiforme tant il interpelle sur le fond et la forme, juridique, stratégique, communiquant ou inspirant, cependant il n’est pas autoportant. Effectivement, les méthodologies défilent pour permettre aux dirigeants de faire atterrir les premières propositions. Ces dernières séduisent par leurs discours et leurs formats, mais elles ne doivent pas laisser de côté l’innovation managériale qui est requise pour réussir à sortir du Rubicon de l’effet d’annonce.

Définir sa raison d’être c’est bien, la réussir, c’est mieux! L’une des clés de la réussite est la manière dont elle est incarnée par la culture d’entreprise. Que ce soit à travers les valeurs, les rituels ou les décisions, la mise en mouvement du collectif ne peut pas s’orchestrer de manières autonomes. En effet, la raison d’être est une technologie managériale pure, elle articule en son sein les éléments de langage pour donner du sens au quotidien de l’entreprise, donner du sens au travail des hommes et femmes qui la vivent.

D’ailleurs, certains y trouveront plus facilement des repères pour répondre aux défis ambiants sur la crise de sens. Réussir sa raison d’être est intimement lié à la combinaison entre différentes pratiques.

 

Une nature politique

Dans un premier temps, pour faire écho à la nature politique de la raison d’être, il est bienvenu de mettre en place une culture du débat, autrement dit accueillir les conversations, l’argumentation et la contre-argumentation afin d’associer la prise de décision à un acte éclairé. Nous observons que la raison d’être devient un objet accessible lorsque la culture du débat lui permet de trouver sa place au sein des échanges d’une salle de conseil ou à la machine à café, peu importe l’assemblée, c’est sain d’échanger sur sa résonance ou son effectivité. Ces conversations sont d’autant plus acceptées lorsque des collaborateurs, sans distinction de niveau hiérarchique, tiennent le rôle de facilitateur du débat.

 

Une nature systémique

Dans un second temps, pour faire écho à la nature systémique de la raison d’être, il est utile de faire le lien entre la responsabilité sociétale de l’entreprise et les manières de travailler. Donner corps à la raison d’être, c’est pouvoir l’incarner à travers les modes de collaboration, les modes d’apprentissage, les évolutions de carrières ou encore les styles de management. Tantôt décideurs, tantôt narrateurs, les dirigeants qui font le choix de mettre en place le télétravail, le flex-office ou encore les congés sabbatiques pour mission humanitaire peuvent utiliser ces mesures comme des plateformes pour illustrer l’histoire de l’entreprise à travers sa raison d’être… En pratique, entre une conversation managériale liée à une orientation de carrière et le prochain déploiement de l’application mobile pour le compte personnel à la formation, il y a un espace pour imaginer et co-créer l’histoire du collaborateur engagé.

 

Une nature économique

Dans un troisième temps, pour faire écho à la nature économique de la raison d’être, il est nécessaire de rapprocher les actions entrepreneuriales des actes liés au développement durable. Il s’agit d’ancrer la perspective durable dans le discours post-moderne des chefs de file de l’innovation commerciale. L’ère de l’entrepreneur maison ou intrapreneur n’est plus suffisante. Il ne s’agit plus de produire des prototypes, pitchs ou des produits au minimum viable, la raison d’être nous invite à questionner la pertinence des projets, le choix des priorités ou encore elle nous force à réfléchir différemment quant à nos attentes collectives ou nos ambitions individuelles. Sans devenir un arbitre, elle est un coach pour le collaborateur ayant des casquettes multiples : de l’entrepreneur, du citoyen et du consommateur.

 

Facilitateur de débats, conteur d’histoires en entreprise, intrapreneurs du développement durable, citoyen éthique ou simplement penseur engagé, les postures auxquelles conduit la raison d’être sont à la fois des motifs pour inviter au passage à l’action collectivement et rassembler autour d’un objectif commun. Plus qu’un objet de communication, la raison d’être est un véhicule d’accélération de la transformation culturelle. Le passage à l’acte ouvre un espace-temps essentiel pour s’approprier cet artefact culturel, comprendre comment il peut intervenir dans les décisions quotidiennes ou stratégiques. C’est la clé fondamentale de sa réussite.