Une semaine avec Axelle Lemaire – Jour 2 #CabOuvert

C’est une Axelle Lemaire enrhumée et fiévreuse qui, en ce jour 2 du Cabinet ouvert, se rend dans les locaux de Démocratie Ouverte (association créée pour améliorer l’expression de la démocratie) afin d’assister à une séance de découverte de la stratégie et des ambitions du groupement.
Il faut décidément de la résilience physique – et un peu de cortisone – pour faire ce métier.

Intéressante plongée apnéique dans les eaux militantes ! Première brassée autour des grands objectifs de Démocratie ouverte (lancer une Fondation, un incubateur, un lab de recherche-action), dont tout le monde reconnaît la pertinence et qui affiche être en quête de moyens. Seconde brassée autour de l’épineuse question de la capacité du politique à accompagner l’émergence concrète de ce genre de projet. Trouver un lieu, mobiliser des financements, identifier des sponsors privés : où débute le rôle du politique ? Où s’arrête-t-il ?

Dans l’ordre, on peut penser : lieu (facile), financements (très difficile), financeurs potentiels privés (n’en parlons pas). Mais là n’est pas encore la question. Le principe de réalité viendra peut-être plus tard. Pour l’heure, la question se transforme plutôt en réflexion : puisque nous en sommes aux concepts, y a-t-il, au fait, une différence entre l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) et la Civic Tech ?
Silence.
Pas très long, mais silence quand même, je ne suis pas sourd. Ben oui, après tout, cela fait des années qu’on parle de l’un, des mois (seulement) qu’on parle de l’autre. Alors : bonnet blanc, blanc bonnet ? L’un (ESS) dans l’autre (Civic Tech), l’un autour de l’autre, l’un transverse de l’autre ?

Bon. La question mérite d’être posée, la réponse mérite d’être reportée.
Je tente quant à moi un revers croisé, mais sur un court de tennis intérieur : l’ESS, ce sont les projets sociaux et environnementaux concrets. On est d’accord ? Et la Civic Tech, c’est ce qui permet de créer l’environnement juridique, réglementaire, politique et entrepreneurial facilitant l’éclosion de l’ESS.
Ouahou.
Comme dirait Houellebecq, la Civic Tech, c’est en somme l’extension du domaine de la lutte.
OK, j’arrête.

Pendant ce temps-là, le débat continue de plus belle sur le rôle que Démocratie Ouverte pourrait ou devrait jouer lors de l’OGP, le grand événement sur le Partenariat Gouvernement Ouvert de cette fin d’année à Paris. Je capte alors un mot d’ordre d’Axelle Lemaire à l’attention de la Civic Tech, qui sonne comme un appel à l’intranquillité : profiter de cet espace-temps privilégié pour faire des propositions de réformes institutionnelles et politiques, because, to be honest, timing is key.
Je prends.
Et laisse filer la conversation sur les lieux d’accueil potentiels de l’incubateur, et sur les questions corrélées de gouvernance. Questions qui m’ont dans une vie précédente à ce point épuisé que, je l’avoue, elles ont de plus en plus tendance à me glisser dessus comme l’eau sur les ailes d’un… canard des îles. Dans le monde associatif et politique, elles ont un tel pouvoir de fixation des esprits qu’on a parfois envie de dire… Oh et puis non, on n’a rien envie de dire, justement. Car si comme le remarque Axelle Lemaire, « Les journalistes politiques ne font que du commentariat politique, sans aller au fond des choses », certaines parties prenantes associatives, elles, ne font souvent que du commentariat des structures décisionnelles, sans faire beaucoup bouger les choses.
Entrepreneur que je suis.
Mais je m’égare de nouveau.
Décidément.

Il est d’ailleurs temps de faire fissa, et de passer aux échanges en direct d’Axelle Lemaire avec les internautes. Une rafale de questions glanées sur la plateforme Curious (pas mal du tout, au passage), toutes très pertinentes (les Français sont de fins journalistes à qui le commentariat résiste), auxquelles la Ministre répond avec, il faut bien le dire, une aisance de marathonienne section pro. Connaît-on exercice plus périlleux que de prendre à la volée des questions du grand public et d’y répondre en temps réel, une minute chrono, hop, hop, hop, what’s next ?

Allez, je suis bluffé, moi l’apprenti des cours d’impro du lundi soir. Je devrais suivre un training à Bercy, ça me coûterait moins cher. Car le pire, c’est que les réponses me semblent convaincantes, structurées, percutantes. J’en oublierais presque mon esprit critique. Il est vrai qu’une partie des questions-réponses traitent de l’initiative République Numérique, objet de fascination de bien des observateurs, et sujet de prédilection de la Ministre. Car Dieu sait si les blocages internes semblent avoir été réels et ardus. Dieu sait si une « pédagogie du refus » a dû être mise en œuvre, afin d’expliquer par le menu pourquoi telle ou telle proposition n’avait pas été retenue. Dieu sait si on est là en pleine expérimentation « matricielle », tant il est vrai que ces processus de consultation citoyenne ont vocation à devenir, bientôt, la norme dans l’espace politique. En attendant, République Numérique aura été le premier petit caillou du Poucet démocratique.

On peut être fiers. Et s’en féliciter, pour une fois.
Comme quoi, la France, ça n’est pas que le 49.3 dans l’hémicycle, et le 22 v’là les flics sous les pancartes.


Frank Escoubès
Pour continuer la discussion par mail : frank.escoubes@bluenove.com
#CabOuvert @bluenove


[author] [author_image timthumb=’on’]http://bluenove.com/wp-content/uploads/Frank-in-Split-21-e1406928634409.jpg[/author_image] [author_info]FRANK ESCOUBÈS a 20 ans d’expérience en conseil en stratégie, dont 8 ans chez Deloitte au Canada. Il a créé en 2011 la plateforme Web collaborative Imagination for People dédiée à l’innovation sociale et sociétale dont bluenove devient le principal financeur. Frank a rejoint bluenove en 2014 en qualité d’Executive Chairman. Il est tout particulièrement responsable des développements en matière d’intelligence collective au travers du lancement du logiciel Assembl et des partenariats avec de grandes institutions internationales (Commission européenne, MIT, etc.).[/author_info] [/author]